Communiqué du Parti de la Vérité

La VÉRITÉ c'est que la Mycrønie c'est Yirminadingrad.

L'indépendance du département mycrønien est une monstruosité juridique et philosophique. La résolution 3452 de l'OTAN réaffirme l'intégrité territoriale de Yirminadingrad. La déclaration d'indépendance unilatérale des terroristes qui ont pris le pouvoir en Mycrønie est illégale et psychotique.

La VÉRITÉ c'est qu'il nous ont chassés de chez nous.

La clique soit-disant révolutionnaire qui a pris le contrôle de la Mycrønie est un ramassis de déments et de traîtres. La révolution... Pourquoi pas l'Ether ou les Humeurs Bileuses ? Ce n'est pas en agitant des concepts dont on sait qu'ils n'ont aucune réalité que l'ont obtient une quelconque légitimité. Puisqu'ils se battent au nom de choses qui n'existent pas, nous accusons la junte fourbe au pouvoir d'être irréelle. Ils ne méritent pas même une exécution, juste un errata.

La VÉRITÉ c'est que l'homme est mort.

Nous autres, post-humains de troisième génération, fils de la mutation industrielle post-moderne, résistants contre le nihilisme égalisateur, nous réclamons qu'on nous rende ce qui nous a été pris. Les terroristes et les fous ont maintenant en mains l'ensemble des recherches menées en Mycrønie. Et nous savons qu'ils ne s'en serviront pas. Ne les laissons pas détruire nos chances d'être ce que nous devenons.

PAIX, SCIENCE, MARCHÉ !   MORT AUX FOUS ET AUX TRAITRES !  STÉRILISATION DES INSOUMIS ET DES MUTANTS !
VIVE LA DÉMOCRATIE !   
VIVE LA VÉRITÉ !


Témoignage du Docteur S. sur les la prise de pouvoir par les terroristes

La barbarie, simplement.

La plage explose. Le bar à cocktails, en miettes. Sable et fumée. Les flammes sprintent le long des palmiers.

Pause.

Un parasol, parabolique au ralenti, transperce ma chaise longue. Tout est lent autour de moi, la drogue commence à faire effet et j'assiste à l'attentat image par image, les corps mettent des secondes, des minutes à s'effondrer sur eux-même. Le spectacle du shrapnel aux trajectoires molles. Se jeter au sol, comme suspendu entre le ciel et le sable. Inévitable pourtant.

Les terroristes se déploient. Les mots d'ordres sont criés, graves et ralentis par la drogue. Nous pensions que tout était terminé, pourtant. Les leaders du mouvement indépendantistes exécutés, nous avons repris le chemin de nos laboratoires, de nos entreprises, de nos plages.

La douleur millième de seconde par millième de seconde. La souffrance s'ouvre un espace, s'étire, elle est distance qui s'écrit dans ma chair. Au lycée, nous faisions l'expérience du mouvement d'un mobile dans un espace galiléen, chaque point de la trajectoire était calculable. Je peux sentir la douleur dans toute sa longueur, comme le mobile sur sa courbe : à espace relatif, temps absolu.

Puis l'inconscience, par chance.

Dans mon cauchemar c'est J. le manutentionnaire que j'avais fait licencier qui m'interroge. Après son renvoi, il a pris l'habitude de venir sur le parking au petit matin avec une pancarte entièrement noire à laquelle il s'accrochait sous la pluie chaude de l'automne. Je n'aimais pas croiser son regard. Après que les agents de sûreté l'ont battu, il n'est plus revenu.

Ils se sont contentés de me soigner. Par la fenêtre des urgences je voyais les flammes, comme les impitoyables monstres de cinéma qui visitent une ville inconnue, la piétinent. Derrière la porte, j'entendais les terroristes discuter, aboyer des slogans dans dix langues différentes. Quand on mélange de l'hydroxyde de soude et de l'eau, la température augmente, parfois jusqu'à l'explosion. J'avais peur.

Ils nous ont fait attendre sur les docks, dans un entrepôt, assis sur les sacs de riz. Nous avions faim. J'ai reconnu P. mails il a détourné le regard. Son complet-veston était maculé de quelque chose de trop noir pour être du sang. Une sorte de nain, ou un enfant je ne pourrais pas dire, m'a proposé de me donner des nouvelles de ma famille. En échange du contenu de mes poches il a été jusqu'à ma villa et m'en a ramené un Polaroïd flou. Les chiens sont libres dans le jardin, le drapeau des insurgés flotte sur le toit.

Plus tard, dans le bateau qui nous ramenait sur le continent, je somnolais entre deux obligations de ramer et j'ai pensé à tout ce que j'abandonnais derrière moi. Mes recherches, mon travail. Le Mai Tai au Raki, le soir au bar de la plage. Ma maîtresse autochtone, ayant sans doute troqué les mini-jupes et le rouge à lèvres pour un treillis et un Kalachnikov. Ma cave de drogues accumulées depuis vingt ans. Tout ce qu'ils m'avaient pris.

Puis j'ai pensé au Prométhée atomique de Gimblet. Je l'ai imaginé cendres fumantes après l'incendie du Rorty Museum. Pire, je me le suis figuré dans le bureau d'un terroriste bureaucrate, incapable d'apprécier la noblesse du trait, la puissance que dégage le mouvement par lequel le demi dieu éventre le monde femelle, la métaphore séminale de l'explosion.

Je n'ai pas pleuré.


Déclaration du Professeur Nitchevo lors de l'inauguration de la Faculté de Biopolitique

Le futur est notre avenir.

Nietzsche se trompait. L'homme n'est pas un pont vers le surhomme, c'est un simple matériau qu'il faut démonter, disséquer, upgrader. Pour nous sortir du bourbier d'une évolution au point mort, contaminée par le mélange des races, l'affaiblissement des instincts par la société de loisir et la croyance superstitieuse qu'il y'a de l'Histoire, nous sommes prêt à accoucher l'avenir, au forceps si cela s'avère nécessaire.

Mais seuls les criminels et les défaitistes pensent encore que la science seule peut nous sauver. Un corps bourré de nanotechnologie, un cerveau bidouillé et une pharmacie bien remplie ne suffisent plus.

La solution c'est le contrôle civisationel !

Et nous ne parlons pas de simple télésurveillance.

L'éthique du futur nous oblige dès à présent à contrôler les populations et les individus de manière totale. Les utopistes sniffeurs de colle au pouvoir ne veulent pas en entendre parler bien sûr. Entre deux orgies pédophiles, ils sont satisfait du Capitalisme tel qu'il fonctionne. En bon nihilistes ils estiment que des populations utiles et dociles, productives et policées, les maintiendra au pouvoir encore longtemps.

Saluons ici les autorités de Yirminadingrad qui ont le courage de nous soutenir malgré la pression des élus psychotiques de l'opposition dont la liste des jérémiades n'est plus à faire (le vocabulaire cependant est évocateur, délicieusement débile : « éthique », « ambiguïté », « précautions », etc.). La paix, la science et le marché ne peuvent régner que si règne la VÉRITÉ.

Dressons la carte cinétique des ruines biopolitiques, prolégomène nécessaire à l'ex-pression de la singularité. Dessinons les frontières à violer d'une logique posthistorique. Réalisons la totalité du contrôle et expulsons nous nous-mêmes du règne animal. Que la Connaissance détruise les bastions de la régression, du régressisme. Contre toutes les décadences, la Vérité est le missile nucléaire qui les détruira, la vérité est la nuée radioactive qui nous mutera, la Vérité est le but à atteindre !



Ode aux démocrates morts pour la liberté

métaphysique quantique de l'œil pulsar
c o n n e c t é
c o n n e c t é e
la race rêve de terroristes qui brûlent
(néon/écran/explosion)
suivons la ligne du plus grand danger

1/ série carcasses jeunes filles dans décharge en aube oblique
2/ rafale le peloton pour les insoumis sang couleur crépuscule
3/ vas-et-viens pute virtuelle souiller le clavier sperme/nuit blanche

sur le cadavre de l'homme
s'écrit la langue du futur
                            c la fin 2 listoir & 2 lom

(Michel Dantes)